Les faits

En arrêt maladie depuis plusieurs mois, Monsieur A. disposait d’un peu de temps et souhaitait trouver une petite activité lui permettant de compléter ses faibles revenus, depuis chez lui.

Il ne voulait pas placer beaucoup d’argent, mais simplement en savoir plus sur le trading, qui d’après ses recherches sur internet, lui permettrait à terme d’obtenir un complément de revenu avec peu d’investissement. Il tombe alors sur un site internet qui propose justement des formations au trading sur les options binaires(1) Ce site appartient à une société chypriote se présentant comme le « leader sur les options binaires », « autorisé en France » et sponsor d’une célèbre équipe de football.

Après avoir laissé ses coordonnées, Monsieur A. est recontacté par une conseillère se présentant comme « Laura F. » et lui proposant une formation gratuite sur les options binaires. Un rendez-vous téléphonique est pris pour le lendemain. Un autre conseiller, un certain « David P. », lui explique alors succinctement comment trader sur les options binaires et lui indique qu’une mise de 500 € est suffisante pour commencer.

En réalité, Monsieur A. ne reçoit finalement aucune formation mais son conseiller, qui le contacte par téléphone, lui indique précisément les positions à ouvrir ou à fermer. Rapidement, de petits gains apparaissent et Monsieur A. est conquis par la facilité apparente du trading et par les conseils qui lui sont donnés. Son conseiller, qui ne lui parle que de gain et occulte les risques, l’incite à miser plus, afin de saisir des prétendues opportunités à venir. Mis en confiance et grisé par les gains qui semblent se multiplier, Monsieur A. accepte alors de verser 1000 € supplémentaires, puis plus tard, encore 5000 €.

Cependant, les conseils de « David P. » s’avèrent perdants et, en quelques jours, le solde du compte de trading tombe presque à zéro. Monsieur A., sous le choc de ces pertes, est alors recontacté par un autre conseiller se présentant comme « Alexandre L. ». Très rassurant, il explique que son collègue a été licencié à la suite de ses mauvais résultats, mais que lui était là pour lui faire récupérer ses pertes.

Les appels d’ « Alexandre L. » s’enchainent, et au fil des conversations Monsieur A. fait état d’un héritage de 80 000 € qu’il venait de recevoir et avec lequel il envisageait un achat immobilier une fois la santé retrouvée. C’est alors que son nouveau conseiller s’est montré de plus en plus insistant sur le fait qu’il fallait déposer cette somme sur son compte de trading, afin de générer des gains importants et d’effacer les pertes. Il appelle Monsieur A. tous les jours, parfois même plusieurs fois par jour, pour le convaincre de verser au moins 40 000 €. Bien que suspicieux de ces nouvelles promesses, mais sous la pression de son conseiller, et ne voyant pas d’autre solution, Monsieur A. accepte alors de verser 40 000 €.

Suite à ce dépôt, son conseiller l’appelle pour lui indiquer sur quelles options binaires se positionner. Les montants en jeux sont inhabituellement élevés, mais Monsieur A. suit à la lettre ces conseils. Le lendemain, alors qu’il se reconnecte sur son compte de trading, il s’aperçoit que la totalité du solde de son compte est parti en fumée pendant la nuit, les positions prises ayant toutes été perdantes.

A partir de cet instant, malgré ses appels et ses emails de réclamation, plus personne ne lui répond et ses conseillers habituels deviennent injoignables.

Monsieur A. me sollicite pour tenter de récupérer tout ou partie des sommes versées à cette société.

L’analyse

Préalablement à mon intervention, je vérifie que la société mise en cause est agréée pour fournir en France des services d’investissement. Comme la plupart des sociétés agréées proposant du trading via des options binaires, il se confirme que celle-ci l’a été via le régulateur financier de Chypre, et qu’elle bénéficie du passeport européen pour proposer ses services dans les autres pays de l’Union Européenne, en France notamment.

Je note à ce stade qu’elle n’est cependant pas agréée pour la fourniture du service de conseil en investissement, c’est à dire la fourniture de recommandations personnalisées.(2)

Je reviens vers Monsieur A. afin qu’il me communique tous les éléments tangibles à sa disposition s’agissant des faits relatés. Il m’explique alors qu’il dispose de plusieurs emails échangés avec ses conseillers. En outre, à l’époque des faits et alors qu’il se sentait pris au piège et doutait des promesses de son interlocuteur, il m’informe avoir réussi à enregistrer une de ses conversations téléphoniques avec ce dernier.

Après l’écoute et l’analyse de cet enregistrement de 12 minutes, je suis consternée par sa teneur. Il apparaît que le conseiller de Monsieur A. le mettait en confiance en lui disant avoir « fini l'année 2015 avec 43 % de rentabilité en moyenne pour les clients », et qu'il avait « beaucoup plus de clients qui gagnent que de clients qui perdent ». Face aux hésitations de Monsieur A. il rétorque : « plus on rajoute du capital moins on prend de risques ». D’autre part, le conseiller feint l’urgence de la situation pour le presser à verser l’argent au plus vite. Il lui dit notamment « vous voulez que je fasse quoi, que je dise au marché de se calmer en attendant le virement ? » et poursuit « d'abord envoie les 40 000 et on voit après ».

Les emails entre le conseiller et son client contenaient quant à eux, sans équivoque, des conseils en investissement précis qui indiquaient l’actif, le montant et l’échéance de la position à prendre, alors même que la société n’était pas agréée pour fournir ce service.

Forte de ses différents éléments, j’ai alors interrogé la société pour lui demander ses observations. Après une première relance, la société me répond, sans aucune autre précision, qu’elle proposait de rembourser la totalité des 46 500 € perdus par Monsieur A.

La recommandation

Malgré une absence totale de réponse à mes questions, j’ai bien sûr recommandé à Monsieur A. d’accepter le remboursement total de ses dépôts. Je suis amenée à constater que les éléments de preuve qui ont pu être produits par Monsieur A. ont très certainement été déterminants dans l’issue de ce dossier.

La leçon à tirer

Si malgré tout, l’épargnant s’est fait piégé en croyant aux promesses de ces sociétés, il est extrêmement important qu’il ait pu conserver, dans la mesure du possible, une trace des échanges et des documents reçus.

Cependant, il ne suffit pas de se méfier et le plus simple pour un particulier reste de fuir le Forex et les options binaires.